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Boucs émissaires, têtes de Turcs et souffre-douleur

lundi 11 juin 2012, par Jeanne HILLION

vous souvenez-vous de cet Appel à contributions

"Boucs émissaires, têtes de Turcs et souffre-douleur", ouvrage collectif, 2011.

voila donc le livre sorti.

4 eme de couverture :

Boucs-émissaires, têtes de turc et souffre-douleur

Frédéric Chauvaud, Jean-Claude Gardes, Christian Moncelet
et Solange Vernois (dir.)

2012

Presses universitaires de Rennes

www.pur-editions.fr

Les victimes de maltraitance haineuse se rencontrent partout, dans la
grande histoire comme dans la vie banale, dans le réel comme dans la
fiction.

Servant d’exutoire à divers ressentiments, les boucs émissaires, les
têtes de Turcs, les souffre-douleur sont, à tous les âges et à des degrés divers, les
« damnés de la terreur ». Toujours, en quelque manière, injustement stigmatisés
voire persécutés, les pestiférés, les brebis galeuses, les moutons noirs, les vilains
petits canards payent, malgré eux, le prix fort de la cohésion d’un groupe,
quelle qu’en soit la taille (un peuple, une communauté religieuse, un corps de
métier, un milieu, une cellule familiale…).

C’est cette riche variété d’enjeux et de tons qui frappe d’abord à la lecture
des vingt contributions proposées par des chercheurs de spécialités différentes.

Au fil des articles rassemblés en quatre parties (figures individuelles, figures
collectives, transpositions littéraires, processus de victimisation), le lecteur
rencontre ici un clown, là un peintre, ailleurs un mousse, le fourbe dans toute
son obscure splendeur, sans oublier un étrange objet transitionnel dans un
rituel malgache. Et c’est ainsi qu’on voyage dans le temps, de l’Espagne du
siècle d’or à la téléréalité contemporaine, à la lumière notamment d’une révélation
biblique dont René Girard s’est fait l’interprète décisif.

La fixation haineuse restituée dans le présent ouvrage s’abat ainsi sur un
individu (un artiste, un homme politique, un enfant, une femme), sur un
sociotype (le médecin, le cagot, le juge, la sorcière…) ou sur un ethnotype
(l’étranger, le gitan).

Boucs émissaires, têtes de Turcs et souffre-douleur

Les boucs émissaires, les souffre-douleur, les têtes de Turcs et autres parias tourmentés font partie des invariants sociaux, quels que soient les systèmes politiques, les idéologies dominantes et la taille ou le statut des communautés humaines. Ils jouent le rôle d’un ciment social qui permet à une société de s’unifier ou de se purifier à moindres frais, par une haine ordinaire ou exceptionnelle et des comportements de persécution ritualisée. La question qui demeure est celle des limites à ces lynchages collectifs.

2012

Frédéric Chauvaud, Jean-Claude Gardes, Christian Moncelet et Solange Vernois (dir.)

Domaines :Sociologie, Anthropologie, Justice et déviance

Collection : Essais

Format : 14 x 23 cm

Nombre de pages : 338 p.

Illustrations : N & B

ISBN : 978-2-7535-1867-4

Disponibilité : en librairie

Prix : 17,00 €

On nous exhortait souvenez-vous :

Face à ce phénomène social que représentent boucs émissaires, têtes de Turc et souffre-douleur, il est bon de s’interroger sur les figures des mal-aimés et leur fonction dans la vie de nos sociétés. C’est à ce questionnement qu’invitent les signataires de cet appel à contributions, l’objectif étant de constituer un ouvrage qui rende compte des multiples facettes de ce sujet, évoquées dans l’argumentaire qui suit. Ce volume paraîtra en 2011.

Il est attendu des contributions d’environ 25 000 signes. Les propositions de contributions accompagnées d’un descriptif d’une demi-page à une page (comprenant adresses postale et électronique, fonctions, rattachement institutionnel) sont à envoyer conjointement à :

solange.vernois wanadoo.fr ;
chauvaud.frederic wanadoo.fr ;
christian.moncelet.editionsbof wanadoo.fr ;
jean-claude.gardes univ-brest.fr

Date limite de réception des projets : 5 mai 2010.

Notification d’acceptation aux auteurs après examen : fin juin 2010-03-06
Site :http://www.eiris.eu/

I. Figures

Le bouc émissaire, le souffre-douleur et la tête de Turc sont des victimes uniques. L’unicité de la cible s’incarne dans un individu particulier ou dans une entité collective, un type (un ethnotype ou une catégorie socio-professionnelle, par exemple, "Le Boche", "Le Français", "L’Auvergnat", "Le percepteur"…) et, à l’extrême rigueur, une institution comme le mariage, criblé séculairement de railleries.

Cible du percutant et du persécutant, chaque victime souffre, en revanche, d’une pluralité soit synchronique (le tir groupé), soit diachronique (une salve répétée de mots et de maux). Si la source des malveillances est le plus souvent plurielle, il arrive qu’un individu soit le souffre-douleur ou la tête de Turc d’une seule personne.

Dans les trois cas, mais de différents points de vue, la victimisation pose le problème du juste et de l’injuste. La "peccadille" de l’âne devient scandaleusement un "cas pendable" (cf. "Les Animaux malades de la peste") et, dans un registre plus détendu, tel écrivain, essuyant une pluie de lazzis, ne mérite pas vraiment l’excès d’indignité dont on l’accable. La situation du bouc émissaire (un seul paye pour tous) ajoute à l’iniquité tandis que la singularité négative et intrinsèque du souffre-douleur (un infirme, un simple d’esprit…) est aggravée par une malignité extrinsèque et durable. L’injustice réside dans une disproportion quantitative ou qualitative (tous contre un, fort contre faible…).

Le langage courant actuel confond souvent, dans une synonymie approximative, les trois appellations "tête de Turc", "bouc émissaire" et "souffre-douleur". Par rapport à d’autres langues (notamment européennes), le français se singularise. Issue du vocabulaire des attractions foraines, l’expression "tête de turc" contient deux notions spécifiques et leurs harmoniques : le ludique (l’épreuve de force, gratuite, dont l’enjeu prioritaire — sinon unique — est l’autosatisfaction, la gratification immédiate à usage interne…) et un rapport conflictuel relativement équilibré. Majoritairement, le bouc émissaire et le souffre-douleur sont des cibles faibles ou affaiblies, la tête de Turc est plutôt à affaiblir (parce qu’elle a un quelconque pouvoir), même si les esprits frappeurs ne se font guère d’illusions sur l’efficacité de la percussion. Quand la victimisation touche des "figures" — dans le monde réel ou dans la fiction — plusieurs questions viennent à l’esprit : Comment réagit chaque victime ? Quel est l’enjeu (personnel/collectif, affectif/sociétal) de la victimisation ? Quand et comment passe-t-on d’une simple addition de coups au constat d’une homogénéité voire d’une orchestration ? Dans quelle mesure la raison initiale de la victimisation est parfois modifiée et même oubliée en cours de "rouste" (on ne sait plus pourquoi on frappe mais on continue l’arrossage) ? Existe-t-il des changements de statut (par exemple, une personne, d’abord tête de Turc, devient bouc émissaire) ?

II. Victimes consentantes – victimes malgré elles

Le souffre-douleur qui attire les mauvais traitements est d’emblée dans une situation de victime. Il subit de manière douloureuse, ainsi que l’expression même l’indique, l’état de fait de sa différence et de sa propre faiblesse, vécues comme des anomalies par un entourage peu tolérant. Tel est le cas de l’enfant fragile, soumis aux tracasseries de ses camarades d’école, de la personne de couleur en proie aux malveillances du « petit blanc », de l’handicapé, physique ou mental, si souvent raillé autrefois, de l’animal familier confronté à des sévices physiques, à la mesure des insatisfactions de son maître. Le souffre-douleur constitue en effet un « terrain » de défoulement pour les médiocres qui, faute de pouvoir surmonter leurs frustrations, s’en prennent à plus faibles qu’eux, voyant en celui-ci le miroir déformé d’eux mêmes.

Le souffre-douleur, qui subit les attaques d’autrui en dépit de sa volonté est une victime « malgré elle ». Il ne se rebelle pas. Néanmoins, et en ce sens on peut le considérer comme une victime consentante, son attitude introvertie, allant jusqu’à l’enferment farouche et sauvage, semble autoriser la récidive du persécuteur. Dans une situation de doute entre le sentiment d’avoir fait mouche et celui de n’avoir pas de prise sur son « adversaire », celui-ci agacé, énervé, est enclin à se complaire dans sa méchanceté et même à accentuer son acharnement.

Le souffre-douleur est une victime consentante, quand il entretient la non communicabilité et peut transformer son agresseur en tortionnaire, dans un processus de masochisme et de martyrologie. Le mutisme de Poil de Carotte, en revanche, est sur ce point ambigu, car il est conçu par Jules Renard comme une arme de subversion.

Nous ne trouvons pas à première vue la même connotation de faiblesse dans la formule « Tête de Turc » qui sous-entend résistance et autorité. Ne dit-on pas, par ailleurs, « Fort comme un Turc » ? Les personnages en butte aux quolibets sont le plus souvent des adultes, personnifiant une institution (critique, professeur) ou une catégorie sociale en vue. Ils ont même, à l’occasion, une personnalité hors du commun qui, parce qu’elle force l’attention de la collectivité, prête le flan à la critique (Sarcey, Victor Hugo, Zola).

À cet égard, la « Tête de Turc » qui évoque les effigies des baraques foraines sur lesquelles sont lancés des projectiles, et le contrepoint du portrait-charge, réservé aux « Gloires ». N’est pas « Tête de Turc » qui veut….

Or, le personnage visé est bien souvent complice dans l’exploitation satirique des différences et de la création de la « Cible » : ingénuité voulue ou feinte, sens du théâtre (cf. les peintres Bouguereau, le Douanier Rousseau, le critique Sarcey).

La « Tête de Turc » est dans une large mesure de clown qui entend rester maître du jeu, en faisant croire qu’il est dupe. Il est une victime, car il subit une dévalorisation qu’il n’a sans doute pas souhaitée à l’origine, dont il souffre peut être dans son for intérieur. Mais il entend contrôler cette dépréciation par la stratégie de la surenchère et du détournement, dirigeant les attaques sur le double de lui-même.

Loin de craindre l’extraversion, il en devient le maître. C’est là une forme de protection. Victime consentante, il alimente malgré tout un jeu qui, à la longue peut se révéler systématique et cruel. Tout comme le souffre-douleur, dont la carapace cache aux yeux du monde la véritable personnalité, la « Tête de Turc » est confrontée aux dangers de la dissimulation et du mystère.

Dans le faux semblant du dédoublement, elle se retrouve face à la perte de repères d’un public ébranlé dans son assurance de bien-pensant.

III. Techniques – Stratégies – Procédés

Faire d’une personne ou d’un groupe un souffre-douleur, un bouc émissaire ou une tête de Turc présuppose de la part des acteurs une stratégie particulière et le recours à différentes techniques visant à mettre le doigt sur les défauts ou déficiences jugés patents ou présentés comme tels. Il convient donc de tenter de repérer toutes les techniques mises en œuvre lorsque se réalisent de tels rapports humains inégalitaires.

On peut penser par exemple, lorsqu’il s’agit de déterminer ou définir la « victime », aux procédés d’accentuation, de stéréotypisation, de simplification manichéenne ou d’itération. On peut songer d’autre part, lorsque l’acteur ou le chroniqueur tente d’emporter l’adhésion du spectateur ou du lecteur, au recours à des situations ou des discours empreints d’affectivité, dans lesquels comique (humour, ironie, satire) ou tragique vont jouer un rôle primordial en fonction des situations, des cas de figure et de l’intention de la personne qui agit ou qui relate les actes. Quelles techniques sont ainsi utilisées avec le personnage de Guignol ? Comment Jules Renard parvient-il à évoquer la situation de Poil de Carotte ? Comment Cendrillon est-elle présentée ? Que penser du parapluie dont fut affublé Laurent Fabius durant un temps ? Dans ce dernier cas, comme dans bien d’autres, il est également nécessaire de se pencher sur les (éventuelles) stratégies de défense adoptées par la « victime ».

C’est à ce genre de questions, qui prennent naissance dans des domaines forts divers, que nous vous invitons à réfléchir, l’objectif étant de déterminer si les stratégies divergent beaucoup en fonction du contexte.

IV. Effets sociaux

La caricature, le dessin de presse, la bande dessinée font rire en croquant des « sales gueules » et des « abominables bobines », mais suscitent aussi d’autres émotions et réactions. Sans doutes les dessinateurs, à travers leurs productions artistiques, jouent un autre rôle. Il leur est dévolu de dénoncer des travers de la société, des injustices criantes, des scandales trop vite étouffés. Pour cela, boucs émissaires, têtes de turcs et souffre-douleur sont tour à tour au centre d’oeuvres plastiques très différentes. Dans cette perspective, un des premiers effets sociaux escomptés est celui de la mobilisation. En dénonçant le patronat qui ne songe qu’à s’empiffrer, le dessin conforte une vision du monde et resserre les rangs des lecteurs qui la partagent. La dénonciation se transforme parfois en indignation. Il convient alors de réagir à l’actualité politique. A la Belle Époque, les guerres coloniales et les massacres transforment les va t’en guerre en têtes de Turcs. Le roi des Belges devient l’objet de multiples caricatures. Reste à faire l’inventaire des sujets qui suscitent l’indignation, appartenant au registre du jugement et de l’émotion, et des personnages transformés totalement ou partiellement en têtes de turc.

De très nombreux boucs émissaires sont présentés à la curiosité du public. Mais, au-delà des figures et des personnalités brocardées, la caricature, dans bien des cas, semble délivrer un message : les boucs émissaires assurent la cohésion des groupes et des sociétés. Dans L’Assiette au Beurre, une vignette, dont on peut faire de multiples lectures, montre une fille-mère chassée d’un village par toute une communauté, curé en tête, paroissiens derrière, et au première plan des oies menaçantes, doubles du desservant. La fille-mère est celle qui a fauté et qui soude ainsi la communauté villageoise, ses habitants et ses représentations du monde social. Comme dans l’ancienne fête juive des Expiations où un bouc était conduit aux confins du dessert et « chassé au milieu des cris de tout le peuple ». Il conviendrait de repérer et d’analyser les diverses scènes dans lesquelles un bouc émissaire joue le rôle de « ciment social ».

Enfin, le souffre douleur mis en image répond à d’autres logiques. Il s’agit sans doute de révéler des situations souvent effroyables ou scandaleuses. Tandis que la tête de Turc est fréquemment présentée comme un bourreau ou un coupable, le souffre-douleur est lui une victime. Toutefois, à la Belle Époque, le souffre-douleur est souvent une victime inattendue, pitoyable et sans défense. Appartiennent à cette catégorie : les animaux. Dans la presse satirique, des scènes représentent des cochers et leur brutalité légendaire, des chiens noyés par des enfants cruels, des animaux de ferme tués à la tâche. Dans le domaine des mœurs, des mères maquerelles sont régulièrement dénoncées, deviennent des têtes de Turcs tandis que les fillettes ou les jeunes filles apparaissent comme des souffre douleur. Tout se passe comme si on pouvait grossir le trait ou en rire, mais que l’on était impuissant à changer les choses. Sans doute, les dessinateurs ont-ils donné aux boucs émissaires, aux têtes de Turcs et aux souffre-douleur d’autres fonctions qu’il conviendra de recenser et d’étudier.

Citer cet article :

http://www.histoiredesmedias.com/Appel-a-contributions-Boucs.html

Boucs émissaires, têtes de Turcs et souffre-douleur,


sous la direction de Frédéric Chauvaud, Jean-Claude Gardes, Christian Moncelet et Solange Vernois, Presses Universitaires de Rennes, 2012.

voici l’introduction :

Frédéric Chauvaud, Jean-Claude Gardes,
Christian Moncelet et Solange Vernois

Archaïsmes ou néologismes, savants ou populaires, à sens propre ou
figuré, les mots ne manquent pas, dans différentes langues anciennes ou
modernes, pour désigner les victimes d’un détournement, intéressé, de
culpabilité ou d’un harcèlement plus ou moins haineux. Les boucs émissaires,
les souffre-douleur, les têtes de Turcs et autres parias tourmentés font
partie des invariants sociaux, quels que soient les systèmes politiques, les
idéologies dominantes, et la taille ou le statut des communautés humaines.

Dans le lexique de la haine, ordinaire ou exceptionnelle, un sous-ensemble
concerne les comportements de persécution ritualisée, de mise à mal ou à
mort d’un individu visé par une salve consensuelle.
Boucs et misères...

Au bestiaire apotropaïque appartient la locution imagée et commune
« bouc émissaire », héritée du judaïsme, via le christianisme. Dans la tradition
juive, le grand-prêtre, avant d’entrer, une fois l’an, dans le tabernacle,
choisissait un bouc sur lequel il imposait une main, confessait ses fautes et
celle du peuple puis demandait à Dieu de détourner sur la bête cornue les
châtiments mérités par la communauté humaine. Après quoi, le bouc était
abandonné à son triste sort dans quelque précipice désertique. Le bouc
émissaire était appelé « azazel » en hébreu, appellation consciencieusement
répertoriée dans le Dictionnaire national de Bescherelle (1856) et dans le
Littré (1863-1877).

D’autres langues européennes usent d’appellations semblables à référent
ovin en raison d’une culture chrétienne commune et séculaire : scapegoat
en anglais), Sündenbock (en allemand), zondebok (en néerlandais), chivo
expiatorio (en espagnol), capro espiatorio (en italien), bode expiatorio (en
portugais).

Le substrat gréco-latin du français se retrouve dans le vocabulaire savant
des écrivains et des critiques. Si « pharmacie » appartient au lexique usuel,
son parent linguistique pharmakos est cantonné à l’étude de l’Antiquité.
En grec ancien, le mot neutre pharmakon était ambivalent – « poison » et
« remède » – comme l’a rappelé Jacques Derrida dans « La pharmacie de
Platon » (La Dissémination). Quant au rite du pharmakos, il était l’équivalent
de celui du bouc émissaire pour le judaïsme primitif. Afin de conjurer une
calamité, on bannissait du pays, voire de la vie, une personne innocente
(parfois une bête), vouée au sacrifice salvateur, pour le bien de la collectivité.

Dans notre langue partiellement hellénisée, le substantif féminin
apotropée, relevant du même champ lexical, a désigné soit une brebis immolée
(pour calmer l’ire des dieux et se protéger d’un danger), soit un chant
versifié à même finalité. Les anthropologues usent parfois de l’adjectif
« apotropaïque » pour qualifier des objets ou des textes censés protéger
d’un sort funeste (fer à cheval, chouette clouée à une porte, formule
talismanique...).

Emprunté au domaine latin, « hostie » a, de nos jours, perdu son sens
premier au seul profit de la désignation de la mince rondelle de pain sans
levain partagée dans l’office catholique. Mais, il faut savoir que, de la même
famille que hostis (« ennemi »), hostia désignait, dans l’Antiquité romaine,
la victime offerte aux dieux. Il s’agissait d’un ennemi sacrifié soit avant
un combat pour s’attirer une chance de vaincre, soit après la victoire en
guise de reconnaissance. Le Dictionnaire de l’Académie française (1re édition,
1694) rappelait cette première acception « victime que l’on offrait, immolait
à Dieu. » Au xviie siècle, la traduction de la Bible, dirigée par Le Maistre de
Sacy, proposait « hostie » pour désigner le bouc émissaire : « [le grand
prêtre] mettra la main sur la tête de l’hostie, et elle sera reçue de Dieu et lui
servira d’expiation » (Le Lévitique, I, 4). Avec le sens général (donc non
chrétien) de « victime », « hostie » appartenait au registre poétiquement
noble chez des auteurs comme Corneille.

Le lexique dépréciatif

Les différents lexiques s’enrichissent à partir d’analogies plus ou moins
dégradantes. L’être criblé de haine est assimilé à un animal déconsidéré,
voire à une chose. Ce peut être un animal qui fait tache, une « bête noire »
qui s’attire une aversion constante, un objet de malédiction collective,
comme « la brebis galeuse ». Porteuse d’un mal contagieux, cette dernière
est évitée ou, pire, évincée ; ainsi de l’animal, ainsi de l’homme jugé coupable
d’une altérité dangereuse. Tel aussi le « mouton noir » au milieu d’un
troupeau clair, tel enfin « le vilain petit canard », tout droit venu de l’imagination
du conteur danois Andersen (Den grimme ælling, 1842).
L’histoire, à fin heureuse, commence très mal pour ce volatile orphelin, recueilli par une
cane puis mis à l’écart, raillé en raison de la différence corporelle, contraint
de fuir sa famille d’adoption et de subir d’autres vexations avant d’être
accepté dans la compagnie flatteuse de cygnes. Plus rarement, la comparaison
animalière prend un accent baudelairien et rapproche le souffredouleur
de l’albatros, dont se moquent des « hommes d’équipage » en
constatant que « le voyageur ailé » est devenu, sur le pont, « comique et
laid » (« L’albatros », Les Fleurs du mal). En italien, le membre d’un groupe
en butte aux sarcasmes collectifs est appelé zimbello, qui signifie, au sens
propre, un oiseau attaché à une corde et qui sert à racoler d’autres oiseaux.

En anglais, le laissé-pour-compte, l’opprimé devient un underdog (le chien
qui perd dans un combat).

La multiplicité des attaques contre une personne isolée s’est exprimée
autrefois en usant d’une analogie désormais désuète, en raison de la raréfaction
de la plupart des armes blanches. Elle aurait pu, néanmoins, être pérennisée
puisqu’elle s’ancre originellement dans une pratique culinaire toujours
vivace. « Larder quelqu’un d’épigrammes, de brocards » s’est longtemps
employé (au moins du xviie au début du xxe siècle) pour décrire la victime
de railleries répétées, blessantes comme des coups d’épées redoublés,
eux-mêmes assimilés visuellement aux morceaux de lard introduits dans la
viande par les rôtisseurs.

Une autre appellation métaphorique a eu un rapport avec le métier des
armes. Le Dictionnaire de L’Académie française (4e édition, 1762) permet de
comprendre la naissance de l’expression « être le plastron de » :
« Plastron : la pièce de devant de la cuirasse que les cavaliers portent
à la guerre. On appelle aussi plastron, une espèce de devant de cuirasse,
rembourré et matelassé par dedans, et recouvert de cuir par-dessus, dont
les maîtres d’armes se couvrent l’estomac, lorsqu’ils donnent leçon à leurs
écoliers. Tirer au plastron.

On dit figurément, qu’un homme est le plastron des railleries de tout le
monde, pour dire, qu’il est en butte aux railleries, aux brocards de tout le
monde. »

Le plastron, au propre et au figuré, essuyait donc une multiplicité de
coups. Il en va de même pour l’expression « tête de Turc » qui a son équivalent
en espagnol (cabeza de turco), en portugais (cabeça de turco) et en italien
(testa di turco). S’agit-il d’une exportation française ou d’un emprunt à l’extérieur
 ? Impossible, en l’état actuel de nos recherches, de trancher. On
imagine une référence humaine alors qu’il s’agit d’abord d’un objet, plus
exactement d’un instrument ludique pour mesurer sa force dans une attraction
foraine. La référence humaine est, historiquement, secondaire et
métaphorique. Dans la seconde moitié du xixe siècle, les amateurs pouvaient
tester leur force musculaire dans les foires grâce à un dynamomètre décoré
d’une tête enturbannée, celle d’un Turc. Ce choix s’expliquait par le stéréotype
proverbial « fort comme un Turc ». L’expression « tête de turc » a
d’abord désigné l’instrument de mesure festive, puis l’attraction et, par
analogie – plusieurs personnes « frappant » une même cible – tout individu
visé par des attaques et des moqueries répétées. Le sens figuré s’impose au
début du xxe siècle comme on peut le constater dans le Larousse universel en
deux volumes de 1922-1923 ou dans Fermina Marquez (1911) roman de
Valery Larbaud : « C’étaient ses plastrons et ses têtes de Turc. Il les affolait.
Il les persécutait. Il leur faisait sentir qu’il avait toujours une chiquenaude à
leur disposition dès qu’ils deviendraient grossiers. »

L’abolition de la hiérarchie des règnes ou, plus exactement, la dévalorisation
de l’animé caractérise la polysémie de « souffre-douleur ». Littré livre
ces trois significations : « 1 – Personne qu’on n’épargne point, et qu’on
expose à toutes sortes de fatigues. 2 – Personne qui est le but des plaisanteries
et de la malice des autres. (« Il me paraît que chacun a son souffredouleur
 », Voltaire, Correspondance). 3 – Familièrement. Bête de somme ou
objet qu’on sacrifie à toutes sortes d’usages (« Je mets cet habit quand le
temps est mauvais ; c’est le souffre-douleur »).

« Tête de Turc » et « souffre-douleur » ont désormais supplanté non seulement
« plastron » mais aussi « pâtira » (ou « pâtiras ») dont des emplois sont
attestés au xviiie siècle et qui figure dans certains dictionnaires modernes : le
Dictionnaire de l’académie de 1932-35, le Petit Larousse de 1959, la version internet
du Trésor de Langue Française... Le très précieux Dictionnaire de synonymes et mots
de sens voisin de Henri Bertaud du Chazaud le signale (« Quarto », Gallimard,
2003) tandis que les ouvrages pour le grand public ignorent désormais ce
substantif tombé en désuétude. Du point de vue du champ morphologique,
« pâtira » est au verbe « pâtir » ce que « souffre-douleur » est à « souffrir ».
C’est en employant ce mot que Balzac, dans Les Paysans (1850), énonce
un constat, amplement illustré dans le présent ouvrage :

« Vermut était le pâtiras du salon de madame Soudry. Aucune société n’est
complète sans une victime, sans un être à plaindre, à railler, à mépriser, à
protéger. »

Dans le registre spécifique du souffre-douleur, la référence à l’enfant est
quasiment naturelle. Être corporellement et socialement faible, le petit
d’homme est parfois mal aimé, soumis même à une exécration sordide. Faits
divers et fictions en témoignent. Cette réalité se reflète dans le lexique.
Whipping-boy (du verbe anglais to whip, « fouetter ») se traduit tantôt par
« souffre-douleur », tantôt par « bouc émissaire ». Semblablement, l’allemand
Prügelknabe (« souffre-douleur ») se décompose en Prügel (« coup »)
et Knabe (« garçon »).

« On a souvent besoin d’un plus petit que soi... pour lui casser la gueule » :
ainsi l’humoriste chanteur Pierre Perret a-t-il complété un adage célèbre
(« Les proverbes »). Il est évident que dans la plupart des cas, la victime
injustement frappée est dans un état d’infériorité (intellectuelle, physique,
sociale). Le différentiel de forces se constate dans des situations diverses
qui suscitent des créations verbales. C’est ainsi que Pierre Bénard, dans
le Canard enchaîné (18 octobre 1933) lança l’appellation « le lampiste » pour
désigner une personne qui, au bas de l’échelle sociale, est copieusement
accusée et sanctionnée à la place d’un chef puissant. Le lampiste, simple
employé à l’entretien de l’éclairage, se voit imputer la culpabilité
d’un supérieur hiérarchique qui tient à sa réputation et à son poste. De nos
jours, « fusible » concurrence « lampiste » pour désigner un individu qui
« paye » ou « trinque », malgré qu’il en ait, pour qu’un supérieur soit
épargné. La catachrèse est facile à justifier : dans un circuit électrique, le
fusible – alliage de plomb et d’étain – saute en cas de surtension, évitant
d’endommager l’ensemble. Le « fusible » est un subordonné ponctuellement
et injustement attaqué, victime d’une punition déviée de sa destination
normale.

Retrouver les boucs émissaires, les souffre-douleur et les têtes de Turc

Pour retrouver les boucs émissaires, les souffre-douleur et les têtes de
Turc, les directeurs du présent ouvrage ont retenu quatre entrées. La
première s’attache aux victimes singulières, la deuxième au figures collectives,
la troisième aux transpositions littéraires et enfin la dernière aux
processus.

Le rejet de l’autre, à partir duquel se forge souvent une identité sociale,
s’inscrit généralement dans un processus de cimentation sociale, qui ne varie
pas fondamentalement, que la victime soit individuelle ou collective, qu’elle
soit bouc émissaire, souffre-douleur ou tête de Turc. Quelques personnages
typiques tels ceux du traître, de l’espion ou du clown (contributions de
Frédéric Chauvaud, Delphine Cézard) peuvent alors représenter des victimes
idéales qui assument, à des degrés divers, toutes les fautes de la société.
Lorsque la vindicte collective ou la colère particulière se porte sur un seul
individu, l’analyse des réactions des « victimes » permet sans doute de
mesurer la capacité de la personne prise à partie à surmonter sa « caricaturquisation

 » (Christian Moncelet). Si certains hommes politiques réagissent
violemment à l’iconographie satirique, ainsi Guillaume II (Bruno de Perthuis),
d’autres parviennent à surmonter par le rire ou le mépris le sort qui leur est
réservé, comme William Bougereau ou Francisque Sarcey (Solange Vernois
et Christian Moncelet).

Depuis au moins l’époque médiévale des groupes ont été exclus ou considérés
comme des parias. Leur appartenance à une communauté imaginaire
ou revendiquée a été le prétexte à toutes sortes d’attitudes hostiles et de
mesures d’exclusion. Ainsi les cagots ont-ils été persécutés et parqués dans
des quartiers réservés. Plusieurs siècles après, ils restent méprisés au point
de ne pouvoir se débarrasser du stigmate dont ils avaient été affublés
(Pierre Prétou). Ainsi se met en place une société des exclus : les étrangers
(Delphine Diaz) ou encore des groupes professionnels comme les médecins
rejetés par une partie des élites et de l’opinion publique (Barbara Stentz).

D’autres groupes apparaissent encore plus démunis et peuvent apparaître
comme des éternelles victimes à l’instar des mousses et des récidivistes
relégués, souffre-douleur d’une situation ou d’un système (Nicolas Cochard
et Jean-Claude Vimont).

Des romans et des pièces de théâtre, inspirés ou non de faits réels,
présentent des figures de mal aimés victimisés. Au premier chef, se rencontre
l’enfant, tel « Red le Démon », parent américain de « Poil de Carotte » dont
le traitement littéraire, par Gilbert Sorrentino, allie subtilement violence et
distanciation humoristique (Marie-Christine Agosto). Certains personnages
assument le double rôle de bourreau et de victime, dans cet ordre ou
inversement. Sous la plume de Camille Lemonnier, l’héroïne funeste de
Happe-chair – incarnation réaliste du sociotype de la femme dépravée – mène
la vie dure à son mari avant d’être pourchassée par la communauté
(Petruţa Spânu). Marcel Aymé raconte l’histoire d’un humilié devenu
humiliant, qui exploite son don secret de passe-muraille pour empoisonner,
par vengeance, l’existence de son supérieur, un petit chef de bureau
(Jocelyne Le Ber). Le retournement de statut soulève, dans d’autres cas, le
problème de la justice. On sait depuis La Fontaine que certains procès sont
de terribles parodies et qu’on peut crier haro sur un pauvre baudet en
transformant sa « peccadille » en « cas pendable ». De Sang froid de
Truman Capote analyse, en profondeur, les tenants et aboutissants de l’assassinat
légal – le châtiment suprême – en réponse à la violence prédatrice du
condamné (Guillaume Bauer). En outre, le corps judiciaire ne ferait-il
souvent
que sauver sa propre existence au prix d’une traque aussi implacable
qu’injuste visant les ennemis de l’intérieur ? C’est l’enjeu dramatique
de The Crucible d’Arthur Miller, qui décrypte le maccartisme à travers
une appropriation de l’épisode ancestral des « Sorcières de Salem »
(Élaine Després).

Pour enclencher ou désamorcer le processus de victimisation d’une
personne, le « médiateur » doit convaincre la communauté et les autorités
interpellées du bien fondé de son propos. Le discours et ses techniques de
persuasion sont donc mobilisés pour la sauvegarde de valeurs de référence
tenues pour légitimes.

L’ordre à préserver peut être universel. C’est ainsi que le devin-guérisseur
dans les sociétés ritualisées des hauts plateaux malgaches a pour mission
de détourner toute violence malfaisante sur un objet bouc émissaire
(Delphine Burguet). S’agissant des Carnets de sous-sol de Dostoïevski, étudiés par Julie Racine, cet ordre correspond à une conception philosophique et
littéraire de l’existence.
Il s’identifie éventuellement à un système politique. Dans l’Espagne
du siècle d’or, la culpabilisation des Gitans, dans l’argumentation de
Juan de Quiñones revêt, selon, Olivier Caporossi, une portée stratégique.
De même, la désignation régulière et permanente de tête de Turcs par la
presse satirique entre 1789 et 1835, a pour but la dénonciation d’un pouvoir
mystificateur (Fabrice Erre).

Cet ordre enfin peut être une « simple » règle du jeu, visant à tester la
psychologie collective, dans la confusion entre fiction et réalité. Le cinéma
classique américain a fait ainsi de la figure du faux coupable un archétype
du bouc émissaire. Fritz Lang et Alfred Hitchcock, dans certains de leurs
films, ont cherché tout particulièrement à démontrer le mécanisme de
victimisation qui a pu toucher la population immigrée aux États-Unis
(Chloé Delaporte). Sophie Jehel, pour sa part, pose la question de savoir si
a contrario la téléréalité n’est pas une instance médiatique autoritaire, susceptible
de créer de nouvelles habitudes mentales chez les spectateurs, et de
fabriquer des boucs émissaires.

Dans tous les cas, le maître du jeu est bien celui qui contrôle de manière
plus ou moins provisoire, le processus de manipulation non seulement du
destin de la victime mais aussi de l’opinion publique.


Les auteurs

Marie-Christine Agosto, professeur des universités, enseigne la littérature et la civilisation
américaines à la faculté des Lettres et Sciences humaines de l’université
de Brest. Elle est membre de l’équipe Héritages et Constructions dans le Texte
et l’Image (HCTI -EA 4248). Ses recherches portent sur la fiction et l’écriture
expérimentale aux États-Unis du xixe au xxie siècle. Elle est l’auteur d’articles sur
divers romanciers américains, de traductions aux éditions Christian Bourgois, et de
monographies : Richard Brautigan, les fleurs de néant (Belin, 1999), Gilbert Sorrentino,
une exubérante noirceur (PUR, 2007) et Hemingway, Fiesta, The Sun Also Rises (Atlande,
2011).

Guillaume Bauer, après des études anglophones à l’université de Provence-Aix-
Marseille a soutenu deux mémoires de littérature américaine écrits sur les oeuvres
de Truman Capote : Truman Capote’s Other Voices, Other Rooms or the Fading Margins
of the Ghostly Other et In Cold Blood et les échos de l’incertitude. Doctorant en cotutelle
avec le département des Études littéraires à l’université de Québec à Montréal.
Travail de recherche ayant pour thème : Faulkner, McCarthy et Capote : Silence et sa
rhétorique dans la littérature gothique sudiste.

Delphine Burguet, elle étudie l’anthropologie sociale au Centre d’Études Africaines
de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris. Elle s’intéresse aux
usages des rituels magico-religieux pratiqués par les devins-guérisseurs des Hautes
Terres centrales de Madagascar qui ont la particularité d’entrer en lien avec le
monde de la surnature et, plus précisément, avec des esprits ancestraux lignagers,
vazimba et dits de la nature.

Olivier Caporossi, il est maître de conférences en histoire moderne à l’université
de Pau et des pays de l’Adour. Ancien membre de l’École des Hautes Études
Hispaniques (Casa de Velázquez à Madrid), actuellement rattaché à l’UMR 5136
FRAMESPA, ses travaux portent sur le fait judiciaire dans les sociétés hispaniques
de l’Ancien Régime.

Delphine Cézard, doctorante en sociologie de l’art à l’université de Provence,
Aix-Marseille 1, LESA (Laboratoire d’Étude en Sciences de l’Art), en convention
CIFRE en lien avec l’équipe de recherche Habiter PIPS [Processus Identitaires,
Processus Sociaux] à l’UPJV [université de Picardie Jules Verne] et le Centre
Hospitalier Universitaire de Bordeaux, pour lequel elle a été chargée de l’action
culturelle de 2007 à 2011. Sa recherche, « Identité, altérité et figure du clown
dans nos sociétés contemporaines », s’inscrit à la croisée de plusieurs champs de
la sociologie : sociologie des arts et de la culture, sociologie de la santé, sociologie
de l’identité, sociologie du genre.

Frédéric Chauvaud, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Poitiers,
responsable de l’axe « Sociétés conflictuelles » du Gerhico-Cerhilim est spécialiste de l’histoire de la justice, de la violence et du corps. Il
a notamment dirigé Corps saccagés. Une histoire des violences corporelles du siècle des
Lumières à nos jours (PUR, 2009), Justices et sociétés rurales (PUR, 2011) et L’ennemie
intime (2011) et publié L’effroyable crime des soeurs Papin (Larousse, 2010) et La chair
des prétoires (PUR, 2010).

Nicolas Cochard, professeur certifié d’histoire-géographie, doctorant en histoire
contemporaine à l’université de Caen-Basse-Normandie, CRHQ (Centre de
Recherche en Histoire Quantitative).

Chloé Delaporte est attachée Temporaire d’Enseignement et de Recherche, département
Cinéma et Audiovisuel, UFR Arts et Médias, université de la Sorbonne
nouvelle. Docteur en sociologie : Genres et socialisation à Hollywood. Sociologie des films
américains des réalisateurs de cinéma d’origine européenne expatriés aux États-Unis entre
1900 et 1945, Thèse soutenue en Sorbonne le lundi 4 avril 2011, mention très
honorable avec les félicitations du jury. Centres d’intérêt : Cinéma en général –
Classique américain en particulier. Parution récente : « Appartenance migrante et
nouvelles technologies. Réflexions sociologiques sur la constitution d’un réseau de
sociabilité spécifique aux migrants connectés », dans Fred Dervin et Yasmine Abbas
(dir.), Technologies numériques du soi et co-constructions identitaires, Paris, L’Harmattan,
2009, 226 p., p. 187-207.

Bruno de Perthuis, docteur en histoire de l’art et en histoire contemporaine,
s’intéresse aux représentations mentales et aux imaginaires sociaux et politiques
par l’étude des caricatures et de la propagande politique à travers de nombreux
supports comme l’affiche, la presse illustrée et la carte postale caricaturale
qui connaît au tournant du xxe siècle un engouement sans précédent. Auteur
de nombreuses publications sur l’affaire Dreyfus, la guerre russo-japonaise de
1904-1905, la première révolution russe, etc. Il travaille actuellement sur la propagande
patriotique de la Grande Guerre.

Élaine Després, elle termine la rédaction d’une thèse en études littéraires à l’université
du Québec à Montréal sur la figure littéraire du savant fou. Elle amorcera sous
peu un projet de recherche postdoctoral à l’université de Bretagne Occidentale à
Brest sur le posthumain et les discours évolutionnistes qu’il mobilise dans la fiction.
Elle est membre du Centre de recherche Figura sur le texte et l’imaginaire et du
Centre de recherche interuniversitaire en sociocritique des textes (CRIST). Elle
a notamment publié « L’Inquiétante Science de la greffe chez Maurice Renard »
(Hélène Machinal (dir.), Otrante, art et littérature fantastique, dossier « Fantastique &
Science », Paris, Éditions Kimé, 2010), et « Désévolution chez le docteur Moreau »
(Jean-François Chassay et Élaine Després (dir.), Humain, ou presque. Quand science
et littérature brouillent la frontière, Montréal, UQAM et Figura, coll. Cahier Figura,
2009).

Delphine Diaz, elle est ancienne élève de l’ENS et doctorante contractuelle en
histoire contemporaine à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Membre du
Centre d’histoire du xixe siècle, elle prépare sous la direction de Christophe
Charle et de Gilles Pécout une thèse de doctorat consacrée aux « proscrits, exilés,
réfugiés étrangers en France de 1813 à 1852 ».

Fabrice Erre, docteur en histoire, membre du Centre d’histoire du xixe siècle,
travaille sur la presse satirique dans la France des révolutions, de 1789 à 1848. Il a
publié sur ce domaine plusieurs articles et un ouvrage, Le règne de la Poire (Champ
vallon, 2011).

Jean-Claude Gardes, professeur d’études germaniques à l’université de Bretagne
Occidentale, directeur de l’EA 4249 HCTI (« Héritages & Constructions dans le
Texte et l’Image ») et responsable de l’EIRIS (Équipe de Recherche sur l’Image
Satirique) et de son site www.eiris.eu. Nombreuses publications sur la presse satirique
allemande (et française), directeur de la revue Ridiculosa

Sophie Jehel, maître de Conférences en sciences de l’information et de la communication
à l’université Paris 8-Vincennes, Saint-Denis, est chercheur au Laboratoire
CEMTI (Centre d’étude sur les médias, les technologies et l’internationalisation)
EA 3388. Ses travaux portent notamment sur les questions de déontologie et de
régulation des contenus médiatiques, de responsabilité sociale et d’éducation
aux médias. Elle a publié en 2011, Parents, médias, qui éduque les préadolescents ?,
Toulouse, éditions Érès.

Jocelyne Le Ber, professeur de littérature française au Collège militaire royal du
Canada, est affiliée au Cabinet du recteur et offre des cours de langue et de formation
pédagogique aux professeurs de l’université. Ses recherches se penchent sur
le théâtre de Jean Cocteau, sur le roman français et la francophonie. Nouvelliste,
universitaire et poète, Jocelyne Le Ber est l’auteure d’un recueil de nouvelles
Histoires de Femmes, de deux essais sur Jean Cocteau, L’Antigone de Jean Cocteau :
Une analyse informatisée du mythe et de la tragédie contractés et Le Théâtre de Jean Cocteau,
d’un collectif Les Différentes manifestations de la haine dans la littérature, d’un poème
Le Deuil de Haïti ainsi que d’une quinzaine d’articles parus dans diverses revues

Christian Moncelet, écrivain et professeur honoraire des universités, a enseigné à
l’université Blaise Pascal et à l’IUFM de Clermont-Ferrand. Spécialiste de René Guy
Cadou, d’Alexandre Vialatte et du comique sous toutes ses formes (textes et
images). Chercheur, actuellement, au groupe Corhum (Paris) et à l’EIRIS (université
de Bretagne Occidentale, Brest). Créateur d’insolivres, des livres-objets unissant
humour et poésie. à publié Les Mots du comique (éditions Belin, 2006) et Les livres
en losange et de couleur jaune se vendent mal (Manifeste du lyvrisme), aux éditions
Bof, en 2002.

Pierre Prétou est maître de conférences en histoire médiévale à l’université de
La Rochelle, membre du CRHIA. Il est spécialiste de l’histoire de la justice criminelle
et des représentations néfastes à la fin du Moyen Âge. Il a publié Crime et
justice en Gascogne à la fin du Moyen Âge (PUR, 2010). Membre du comité de rédaction
de Criminocorpus.

Julie Racine termine actuellement sa maîtrise en lettres à l’université du Québec
à Chicoutimi. Privilégiant une approche philosophique des oeuvres, elle s’intéresse
à la question de l’être et de l’angoisse, à l’utilitarisme en littérature. Son
mémoire de maîtrise s’intitule L’expérience esthétique dans Madame Bovary,
roman utilitariste.

Petruţa Spânu, professeur universitaire émérite de littérature française à l’université
de Iaşi (Roumanie). Depuis 2008, elle enseigne à l’université de Lublin
(Pologne). Sa thèse de doctorat, soutenue en 1978, portait sur Albert Thibaudet ou le
sens de l’autre (publiée en 1997 aux éditions Fundatiei Chemarea, Iaşi). Traductrice
en roumain de nombreux auteurs francophones, parmi lesquels Rousseau
(La Nouvelle Héloïse), Pagnol (Jean de Florette, Manon des sources), ainsi que
Maeterlinck, Beck, Verhaeren, Crommelynck, Scarpetta, Carême... Prix de l’Union
des Écrivains Roumains pour la traduction du roman L’Homme en amour de Camille
Lemonnier (2011).

Barbara Stentz est doctorante en histoire de l’art moderne et ancienne allocataire-
monitrice à l’université de Strasbourg. Ses domaines de recherche recouvrent
l’histoire des liens entre arts et sciences ainsi que les représentations du corps et
de ses signes expressifs, plus particulièrement au xviiie siècle. Elle est l’auteure de
plusieurs articles portant sur les rapports texte/image ainsi que sur la caricature,
parmi lesquels les entrées « Aristocrate/Aristocratie » et « Presse/Pressoir » du
Lexikon der Revolutions-Ikonographie in der europäischen Bildpublizistik 1789-1889 (sous
la direction de W. Cillessen, M. Miersch et R. Reichardt, à paraître en 2012). Elle
a co-organisé le colloque Les monstres qui parlent (Collège doctoral européen de
Strasbourg, 2009).

Solange Vernois, maître de conférences HDR d’histoire de l’art contemporain à
l’université de Poitiers et membre du CRIHAM, collabore régulièrement à L’EIRIS.
Elle a codirigé le colloque sur La Maison de l’Artiste (PUR 2007) et est l’auteure
de L’Orphéon du Caricaturiste, Regards sur la pratique musicale dans les périodiques
humoristiques français 1832-1930 (Éditions Champion, 2009). Ses domaines
d’étude sont l’illustration, les rapports entre les arts, la caricature et le dessin de
presse à la fin du xixe siècle et au début du xxe siècle.

Jean-Claude Vimont est maître de conférences en histoire contemporaine de
l’université de Rouen, membre du Grhis. Il est spécialiste de l’histoire de la
justice pénale et des prisons aux xixe et xxe siècles. Il a publié La prison politique
en France (Anthropos, 1993), La prison, à l’ombre des hauts murs (Gallimard,
2004), Jeunes, déviances et identités (PURH, 2005) et Sous l’oeil de l’expert (en collaboration
avec Ludivine Bantigny, PURH, 2010). Membre du comité de rédaction
de Criminocorpus, il coordonne le pôle rouennais de l’ANR « Sciencepeine »,
Sciences, savoirs et exécution des peines (1911-2011).

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