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ASSOCIATION pour enfants tristes

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Notre cerveau est facilement piégeable.

lundi 29 octobre 2012, par Jeanne HILLION

ce sont les mots prononcés lors d’une conférence sur le bizutage mais qui peuvent concerner toute sorte d’emprise.

ce sont les mots prononcés lors d’une conférence sur le bizutage mais qui peuvent concerner toute sorte d’emprise. cette conférence débat av ait été organisée par le CNCB, comité national Contre le Bizutage en 2000. Il est bon de se souvenir des paroles de Mr PERRONE qui décortique avec minutie le mécanisme qui sous-tend la soumission et celui qui explique l’abus.

Emprise psychologique et bizutage

Salon de l’éducation 26 novembre 2000

Conférence-débat organisée par le CNCB

Conférencier : Reynaldo Perrone

Modérateur : Jean Pierre Rulié

J.P. Rulié :

Pourquoi le Comité National Contre le Bizutage a-t-il choisi ce thème ?

Depuis que notre comité s’est constitué, pour essayer de faire appliquer la loi votée par le législateur,
nous constatons que le bizutage continue.

Pourquoi, alors qu’il est dénoncé, perdure-t-il et pourquoi certains s’en font-ils les chantres et
considèrent-ils même qu’il s’agit là de quelque chose d’extraordinaire ? Plus surprenant encore, nous
avons constaté une évolution considérable du bizutage : actuellement, les bizuteurs n’utilisent
pratiquement plus les contraintes explicites : ils insistent même souvent sur le fait que chacun est libre
de participer ou non aux manifestations dites "week-end d’intégration" " usinage " ou autres etc...C’est
cela qui nous a interpellés.

Nous demanderons au docteur Reynaldo PERRONE, de nous expliquer - à partir de son expérience -
comment, sans violences physiques, ni menaces caractérisées, un groupe constitué peut conduire des
personnes, " normales ", intelligentes, cultivées à accepter de se soumettre à ses injonctions et- même
pire - à adopter ses modes de pensées et croyances, au point d’en devenir prosélytes.


Comment des jeunes qui sont tout à fait normaux, " ordinaires ", peuvent-ils accepter de se soumettre
aux bizuteurs, puis les années suivantes, de contraindre les gens à accepter leur loi ?

Reynaldo Perrone :

Cette invitation à intégrer le bizutage dans une vision plus large est tout à fait pertinente, car le bizutage
apparaît comme un moment important de la vie psychique du sujet, qui marque, qui définit des
comportements ultérieurs.

Mais la même expérience peut être vécue, une même situation se retrouve dans les situations d’abus
sexuels ou dans d’autres situations de violences dans les familles et les institutions.

Vous me laissez la liberté de me référer à mon cadre d’activité : Je suis médecin psychiatre, je travaille
particulièrement dans le domaine de la violence et des abus sexuels et c’est dans ce cadre, que nous
avons choisi, que je vais intervenir.

1 - Que se passe-t-il dans la communication ?

Comment communiquent les sujets qui se trouvent dans la position haute de contrôle avec ceux qui sont
dans la position basse de subir une action ?

Quels types de messages envoient-t-ils, qui permettent à
ceux qui se trouvent dans la position basse, de s’accommoder de subir.

Comment celui qui se trouve dans
la position basse accepte-t-il de subir l’emprise, la force, la domination, la violence de celui qui se trouve
dans la position haute ?

Il s’agit là de communication abusive :

La communication abusive c’est la communication d’une personne qui abuse de l’autre.

- Cette communication passe par une rupture permanente de la logique de la communication.

Le sujet qui se trouve dans la position de contrôle va faire des cassures successives, de sorte que tantôt il
se montre autoritaire, tantôt il se montre persuasif, tantôt il se montre très dynamique.

Il y a des
moments où il se présente comme une personne autoritaire, exigeante, puis il peut passer à une position
de demande, où il supplie.

Voilà le mode de communication qu’utilisent les personnes qui ont la main
mise sur un groupe d’autres personnes.

Cette cassure dans la logique de communication fait que celui qui essaye de déchiffrer ce que l’autre lui
dit de faire, n’arrive pas à se repérer.

C’est comme s’il devait faire attention à plusieurs visages. Il est
comme en face d’un totem dont les divers visages lui parlent en même temps.

Tout l’incite à s’accrocher
à cet interlocuteur autoritaire, mais comme - nous l’avons dit - cette personne change tout le temps, il ne
peut pas lui trouver une cohérence sémantique dans la continuité et cette hésitation amène un état
d’épuisement, une fatigue, un abandon.

Quand l’autre lui dira : " fais ça, deviens ça " il ne sera plus en mesure de se repérer dans l’incohérence
de la communication et il s’en accommodera.

On observe ça particulièrement chez les enfants, mais aussi chez les personnes qui sont dans une
situation de contrainte ou dans une situation très prégnante à la quelle ils ne voient pas d’issue et où ils
s’accommodent de l’injonction qu’on leur donne.

- Une autre composante de la communication abusive, c’est ce que l’on appelle l’injonction.

L’injonction c’est un type de consigne qui fait que l’individu ne peut pas s’y soustraire. On affirme, par
exemple : " tous les enfants font comme ça "

Dans le cas du bizutage, on dit : " tous les ans, ça se fait comme ça ; tous les élèves le font ; tous les
anciens l’ont fait. "

Dans l’injonction, on appuie la consigne sur des prémisses qui n’ont même pas à être discutées : on doit
s’y conformer, se conformer. C’est plus qu’un ordre. Un ordre on peut lui désobéir, on peut le contester.

Une injonction, non. On ne peut pas s’y soustraire.

- Une autre composante de la communication abusive, c’est la rétorsion.

La rétorsion, c’est
un message particulièrement pervers centré sur l’idée : " tout ce que tu vas faire pour te soustraire à cette
situation provoquera, fera ton mal. C’est toi, toi-même qui provoque, qui construit ta propre douleur. "

La rétorsion, c’est un message d’une extrême violence. C’est le message que transmet celui qui contrôle
la situation lorsqu’il dit : " si vous collaborez, la mort sera plus douce pour vous. Si vous ne résistez pas,
vous souffrirez moins. " La rétorsion c’est plus que la menace :
la menace dit : " si tu ne fais pas ça, je fais telle chose " ;
tandis que dans la rétorsion, on lui dit : " si tu résistes, tu te mets en difficulté ".

La menace est voilée,
contenue dans une communication dans laquelle le sujet ne peut que compliquer sa situation.

S’il résiste,
c’est évident que c’est lui qui provoque la sanction.

Le responsable, c’est lui, mais pas celui qui le soumet
à la contrainte.

- La conjonction de ces trois éléments : ruptures des registres de communication, injonction, rétorsion,
crée un état émotionnel très particulier.

Il induit, chez ce sujet soumis à une situation apparemment sans
issue, un blocage de ses capacités de résistance, d’anticipation, de contestation, d’élaboration d’une
stratégie satisfaisante.

Quand, en plus, le contexte pousse à ne pas critiquer la situation, il est évident
qu’en un temps très bref, un individu peut se conformer à l’ensemble des pressions qui s’exercent sur lui.

Ce type de communication crée un état émotionnel un état psychique de vulnérabilité, mais ça ne suffit
pas.
Il faut un peu plus que cela pour amener l’individu à se soumettre volontairement à ce qu’on lui
demande de faire, même s’il sait que cela lui sera préjudiciable, que ça lui causera de la douleur.

Pour
cela, il faut des actions plus concrètes :

2 - Trois praxis, trois actions sont menées successivement ou simultanément pour soumettre un sujet à ce type d’impact.

- La première de ces actions c’est l’effraction.

Retenez bien ce mot. L’effraction c’est la
pénétration dans le territoire privé, intime du sujet. C’est l’entrée par la force dans le territoire gardé d’un
sujet.
Faire effraction, c’est entrer autrement que par la porte. On entre par la force, en cassant quelque
chose.
On brise la membrane protectrice. Il y a effraction quand on rentre dans l’intimité, quand on
dévoile un aspect privé, quand on montre l’intimité du sujet, quand on rend public un aspect privé,
réservé de sa vie, quand on déshabille quelqu’un, quand on le montre nu, qu’on l’exhibe.
Il y a l’effraction
dans la vie sexuelle, par laquelle l’abuseur entre dans le corps de l’enfant.

C’est l’un des éléments
essentiels : on va chercher une proie dans son territoire ; on pénètre dans le territoire du sujet et on
l’emmène dans un autre territoire qui n’est pas le sien.

- La captation est une action extraordinaire.
On l’observe dans le monde animal, quand une
créature se métamorphose, se cache, en attendant le passage de sa proie.

On prépare un piège dont l’autre
ne connaît pas les données.

La captation peut être préparée par les abuseurs dans le cadre de certains
rituels.
Cela consiste dans une manière de présenter la chose de telle manière que tout le monde se sente
attiré par un éventuel bénéfice.

C’est ce que fait l’animal prédateur, quand il imite le chant de la proie : et
la victime s’approche trompée et attirée.

Toute situation abusive est basée sur cette effraction et cette captation
On va jusqu’à prendre la liberté du
sujet.
Une fois que le sujet a abandonné sa liberté, il ne peut plus la reprendre. Il est dans le piège.

- La troisième action, c’est la programmation :

Quand vous avez pris une proie dans un
territoire et l’avez mise dans une cage, la programmation consiste à faire en sorte que quand on ouvre la
cage, la proie ne la quitte plus.

C’est une manière de mettre quelque chose dans la tête de l’autre, pour qu’il adhère à ce qui lui est arrivé.

C’est une sorte de conformation de comportement de sorte que, dans l’avenir, le sujet qui adhère,
participe et se comporte dans l’avenir d’une façon précise.


3 – Comment – diable ! - ces bizuteurs réussissent-ils à faire que le sujet, la victime participe et
encore adhère, pour réactiver ces mêmes comportements un peu plus tard, ou même quelques
années plus tard ?

Je pense que dans ce concept de programmation, on peut trouver une explication. La programmation
peut se faire en très peu de temps. On peut dire à quelqu’un : " quand tu seras plus fort, tu pourras faire le
même chose que ce qu’on te fait maintenant " cette injonction, ce message va faire mouche et le sujet va
être programmé de telle sorte que, quand l’occasion s’en présentera, il va se comporter comme il était
prévu.

Il faut comprendre que dans la vie quotidienne, nous sommes soumis, tous, en permanence, à un
bombardement de messages de ce type.

Je viens de faire une décomposition pédagogique de cette situation dans laquelle il y a abus.

Quand les
trois éléments sont ensemble et sont puissants et cohérents, le sujet reste attrapé. Il reste piégé, il reste
sous l’emprise et il va partager et collaborer finalement, en restant inscrit dans la logique de l’action
programmée.

Si les trois éléments ne sont pas réunis le sujet garde une capacité de résistance.

Si les trois actions n’ont pas abouti dans leur totalité, il pourra se soustraire à cette logique.

Par exemple, s’il y a effraction seulement, le sujet parvient à se rend compte qu’il a été violé. Il peut se
soustraire à la logique, il garde une capacité de dénonciation.

Il faut très peu de temps pour construire l’emprise.

Est ce que des gens sont suffisamment malins, suffisamment équipés pour programmer les autres. On
peut admettre que oui.

Certes, ceux qui agissent en tant qu’opérateurs n’ont pas lu des livres concernant
l’emprise.

Ils savent parce qu’on le leur a transmis. Ils découvrent, par l’expérience, la manière dont on s’y prend et
l’effet que ces méthodes ont sur les autres.

Ils découvrent et amplifient ce qu’ils ont ainsi appris, jusqu’à le formaliser sous la forme d’un rituel qui
définit clairement qui sont les victimes et qui sont les personnes qui contrôlent.

Nous avons parmi nous deux personnes particulièrement compétentes en ce qui concerne le bizutage :

l’un est sociologue et anthropologue canadien, professeur à l’université de Montréal au Québec et l’autre
est philosophe. Nous pouvons les inviter à participer.

J.P Rulié :

Ceux qui ont quelque chose à ajouter ou à commenter vont prendre la parole. Ensuite, nous
demanderons aux personnes de la salle si elles souhaitent poser des questions ou demander des
éclaircissements.

Professeur d’anthropologie et de sociologie :

Il me semble important de faire une sorte de relation entre le bizutage, les cérémonies d’excision et la
torture.

Ces phénomènes, apparemment différents, fonctionnent sur un même type de rapports humains.

Par exemple, dans le cas de la torture, où des gens obéissent à des injonctions de leurs supérieurs : ils
sont prêts à faire des choses qui normalement sont condamnables sur le plan humain, quant aux lois
générales, mais ils sont prêts à le faire pour obéir à la règle du groupe concerné.
C’est aussi le cas de
l’excision des femmes en Afrique. Il y a, là aussi, obéissance au groupe, comme tradition, comme rituel,
et les femmes le font à d’autres femmes, parce qu’elles mêmes l’on subi et ainsi de suite et ça se transmet
de génération en génération
J’ai l’impression que le bizutage appartient au même registre.

Ceux qui pratiquent le bizutage, le pratiquent, parce qu’ils ont été eux mêmes bizutés et donc ils
perpétuent la tradition du rituel de bizutage, de cette façon là entre autre.
Ce qui me semble important,
en plus de ce que tu as dit, c’est l’obéissance à la règle du groupe. Pour répondre un peu à la question du
présentateur, lorsque ce type de chose se produit, cela n’a rien à voir avec le niveau d’éducation.

Le
niveau d’éducation et la soumission à la règle du groupe n’ont rien à voir.
Dans le cas du bizutage, les personnes qui s’y soumettent considèrent que la loi du groupe est supérieure,
au moins momentanément, à la loi générale.
Ils se soumettent à la loi du groupe, qu’ils considèrent
comme leur loi - au moins momentanément - et ils sont prêts à lui obéir.

C’est - voici un rapprochement qui peut sembler intempestif, mais que je pense important de souligner -
la même chose qui devait se passer dans les camps d’extermination nazie où des bons pères de familles,
qui étaient des gens cultivés, étaient en même temps les bourreaux de tout un peuple.

Je pense qu’au
niveau de l’éducation nous avons des leçons à en tirer.

Une intervenante :

Merci de nous avoir précisé ces logiques. Au lieu de discuter de l’interdiction ou non du bizutage, tel
qu’il se pratique par exemple dans les écoles ou chez les scouts, je me demande s’il ne faudrait pas plutôt
réfléchir à ce que les hommes en ont fait. Le bizutage s’il est fait comme un accueil, peut être tout à fait
sympathique, j’en ai connu.

Mais on remarque que ce qui peut être fait comme quelque chose de tout à
fait sympathique dégénère parfois, parce que certains ont un petit côté pervers, qu’on retrouve dans le
monde du travail, où ceux qui ont une position, qui sont établis depuis quelques années, vont faire payer
à celui qui arrive, dans le service " x ", leur manière de voir les choses.

R. Perrone :

La question est parfaitement pertinente. Le bizutage se réalise dans un champ social et dans un espace
partagé par tous et toutes, où tous sont protégés par la loi.

Dans le bizutage, les individus vont entrer dans une sorte de consensus dans le quel on dit que la loi
n’existe pas. Ils vont mettre la loi de côté. Ils vont se substituer à la loi. La loi est édictée par les
bizuteurs.

C’est une configuration extrêmement aléatoire, parce que, du moment que les bizuteurs se
constituent comme un groupe d’individus, qui va définir la loi, allez vous savoir de quelle façon ils vont
utiliser cette loi ?

Du moment qu’ils deviennent la loi, ils peuvent d’ailleurs décider qu’ils vont
l’appliquer avec justice ou avec sympathie.

A partir du moment ou l’on a convenu que la loi
n’existe pas, on peut être soumis à tous les arbitraires. Comment voulez- vous contrôler cet espace
sans loi ?

Notre société est composée par des êtres vivants. Elle est donc tout le temps confrontée à
l’émergence de l’imprévisible.

Quand il y a de l’imprévisible, il y a du désordre. Nous essayons de mettre de l’ordre dans une société, de
mettre du prévisible dans l’imprévisible.

Mais, dans cette volonté que l’homme a de mettre de l’ordre, de
mettre du prévisible dans l’imprévisible, il comprend qu’il a besoin d’échappatoires et il s’accorde des
parenthèses à l’ordre, comme, par exemple la fête, ou ces foires où tout le monde fait des choses qui ne
sont pas tout à fait prévisibles. Mais il demeure cependant un cadre relativement établi qui définit
jusqu’où le désordre peut aller.

La différence, dans le bizutage, c’est qu’on y impose au sujet des devoirs envers des individus qui eux
même se définissent comme ceux qui vont imposer la loi, dans un cadre qu’ils ont eux-mêmes défini.

Et
ça, c’est absolument aléatoire. Je peux concevoir que le bizutage soit constitué de jeux qui restent dans le
cadre de la loi, mais la situation qui nous concerne ici et nous inquiète c’est le bizutage qui déborde le
cadre de la loi.

Un intervenant :

Ce qui a été dit jusqu’ici correspond, de manière assez étonnante, à ce que j’ai vécu à l’Ecole des Arts et
Métiers, où l’on retrouve tous ces phénomènes d’effraction, de captation, de programmation. C’est
troublant !

Mais en revanche, il y a quelque chose qui m’a toujours extrêmement étonné, quand j’étais aux Arts et
Métiers, c’est que tout le monde était conscient de ce mécanisme ; tout le monde sentait l’effraction ; tout
le monde sentait la captation ; tout le monde sentait la programmation et le piège.

Je n’ai jamais compris
pourquoi, dans cette rupture des registres de la communication, les gens ne réagissaient pas :

Ils
savaient qu’il y avait un piège et ils allaient dedans, envers et contre leur conscience, contre ce en
quoi ils pouvaient croire.

R. Perrone :

A propos de l’absence de réaction, il faut savoir que notre cerveau est facilement piégeable.

Nous
pouvons tous être piégés, tous ! En sortant d’ici, vous pouvez - à tout moment - croiser un individu qui
danse devant vous et vous invite à le regarder et pendant ce temps, par derrière, " tchak ! ", on vous
prend votre argent. Ca marche. Il y a des mécanismes indétectables dans le cerveau qui amènent une
focalisation.

On focalise l’attention d’une personne sur un point et alors que son état d’alerte périphérique reste
vulnérable, " pschitt ! ", on fait mouche dans son système cognitif parce que toute l’attention est
focalisée.

Notre cerveau est vulnérable sur ce point et les phénomènes que vous avez observés se
reproduisent des milliers et des milliers de fois, de façon quotidienne ; les individus sont piégés dans
leur état de conscience.

Il s’y ajoute un phénomène de fascination. La totémisation dont j’ai parlé entraîne une fascination : " il
est presque beau ; il est presque attirant ".

On reste devant cet individu aux faces multiples dans un état
de fascination presque paranoïde, qui paralyse notre capacité et fait abandonner toute possibilité de
critique et de prise de conscience.

Comment faire pour réagir dans un système qui fonctionne de cette
façon, On peut s’y soustraire, et c’est remarquable, soit grâce à une critique concernant cette attirance,
soit en faisant une alliance à deux ou trois individus ou même en groupe, afin de réfléchir aux méthodes
utilisées et d’élaborer une critique.

Ce n’est pas toujours possible parce que le contexte peut inviter à faire confiance, à s’abandonner et
même à s’offrir au châtiment.

Un autre intervenant :

La loi est mise entre parenthèse. Mais comment se fait-il que la loi que nous admettons tous et toutes,
soit ainsi mise entre parenthèse, que les personnes qui sont en charge de faire appliquer la loi, qui sont
nommées pour ça, dont c’est le devoir moral abdiquent complètement devant ce qui parait être leur
devoir.

Ça je pense que ça se passe au plus haut niveau. Quand un de nos enfants était aux Arts et Métiers, j’ai
eu l’impression, j’ai même eu la preuve, que cela se faisait avec la complicité du ministre lui même.
Alors ?

Ma première question, c’est que je ne comprends pas pourquoi ceux qui sont responsables de la loi, la
mettent entre parenthèse.

Ma seconde question :

comment vous envisagez les séquelles du bizutage dans la vie adulte.

Dans une
société qui met en valeur l’individu plus qu’autrefois ( et c’est plutôt positif ) comment les individus s’en
sortent-ils ?

Où puisent-ils les ressources pour se reconstruire ou se construire d’une nouvelle façon ?

R. Perrone :

Je pense que vous serez d’accord pour considérer que l’homme fait une évolution qui n’est pas finie. Il
est toujours contradictoire, mais il évolue de la barbarie vers une civilisation possible, vers une
organisation aussi civilisée que possible.

Certaines institutions conservent des reliquats de barbarie, de
sorte qu’à l’intérieur des murs de l’institution, à l’intérieur de ses espaces, il est convenu que la barbarie
est acceptée.

Comment un directeur peut il être au service de la barbarie ? Oui, Il peut être aveugle, et malgré des
milliers d’années de civilisation, adhérer à un rituel barbare.

Ce n’est pas exceptionnel. Il y a des espaces où il n’y a pas la loi, par exemple dans certains quartiers où
la loi s’affaiblit, ou dans certains espaces, comme par exemple dans la chambre : pour le père incestueux,
à l’intérieur de la chambre il n’y a pas de loi et la nuit, la loi n’existe pas et vous êtes soumis à un état
beaucoup plus barbare que pendant la journée.

La loi n’est pas si permanente, si sûre que ça, et il y a des moments où elle s’effrite.
Ce sont des
espaces convenus : par exemple, on dit que le temps d’une cérémonie, la loi n’existera pas…

J.P. Rulié :

Merci. J’espère que ce que nous a dit Reynaldo Perrone nous aidera à un peu mieux comprendre ces
mécanismes très compliqués du bizutage.

Après avoir entendu tout cela, nous vous rappelons que le Comité National Contre le Bizutage est une
structure ouverte et informelle.

Nous sortons de ces échanges, plus convaincus que jamais que notre combat est un bon combat et nous
allons le continuer, sans aucune hésitation et au contraire plus déterminés que jamais. Merci !


Voir en ligne : Comité National Contre le Bizutage


On lira avec intérêt, sur le site du CNCB les témoignages de bizuteurs

http://contrelebizutage.fr/index.php?page1=page/parolesbizuteurs

et ceux des bizutés :
http://contrelebizutage.fr/index.php?page1=page/parolesbizutes

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