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Extension du domaine de la répression

mardi 12 mars 2019, par Jeanne HILLION

Extension du domaine de la répression
Aux Sources
 [1]

Vanessa Codaccioni

Les violences policières, qui frappent depuis longtemps les quartiers populaires, s’immiscent enfin, laborieusement, dans le débat public. Le mouvement des gilets jaunes aura eu ce triste mérite : faire prendre conscience que le commissariat est la première zone de non-droit. Après avoir visionné la terrible vidéo des lycéens agenouillés de Mantes-la-Jolie, je me dis que, si la police n’est pas encore détestée par tout le monde, elle s’approche méchamment du but. Elle est aidée, bien sûr, par un gouvernement suicidaire, qui verse joyeusement de l’huile sur le feu à coups de déclarations incendiaires et de consignes de fermeté adressées aux préfets et au parquet.

La comparaison avec Vichy est exagérée et elle dessert le propos. Mais cette époque, comme celle de la guerre d’Algérie, reste un réservoir d’expériences sur lequel nos gouvernants jettent parfois un regard, curieux mais honteux, intéressé mais non assumé, afin d’inventer – ou d’exhumer – de nouvelles mesures répressives. Depuis une dizaine d’années, les lois antiterroristes s’empilent à un rythme effréné. Et, derrière les cibles officielles, elles s’abattent sur les cibles inavouées : les musulmans dont on perquisitionne le domicile, les écologistes qu’on assigne à résidence, les syndicalistes auxquels on interdit de manifester, les manifestants qu’on arrête préventivement. Vanessa Codaccioni, historienne et politiste, décrypte à merveille la façon dont le pouvoir assimile les militants à des délinquants afin de museler la révolte. Son dernier ouvrage, Répression. L’Etat face aux contestations politiques (Textuel, 2019) revient sur la genèse de cette logique répressive et sur ses dispositifs les plus récents, comme la massification des gardes à vue qui vise à intimider les activistes. Les procès qui frappent de plus en plus souvent les contestataires ne sont que la pointe émergée de l’iceberg. Ils cachent d’autres formes de répression, indirectes et insidieuses, que Vanessa Codaccioni s’attache à dévoiler.

Pour ne pas en rester au stade – nécessaire mais potentiellement démoralisant – de la critique, l’historienne prend soin d’explorer les manières d’endiguer cette dérive liberticide. Les énergies ne manquent pas. Épaulées par des journalistes indépendants, des avocats engagés et des comités de solidarité, les victimes de la répression s’organisent et élaborent leurs revendications, sur lesquelles mon invitée porte un regard avisé. Une émission pleine d’enseignements. Bon visionnage !

Manuel Cervera-Marzal
Aux Sources , émission publiée le 09/03/2019
Durée de l’émission : 73 minutes
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La critique formulée par les personnalités que nous interviewons, d’abord, que nous choisissons pour la vigueur de leur position, la profondeur de leur point de vue, la radicalité de leur expression – que nous soyons d’accord avec eux ou pas. Car c’est aussi la « critique » que nous pouvons être amenées à produire nous, en tant qu’intervieweuses : dans le respect de nos invités, toujours, mais avec cette exigence qui nous maintient en dehors de la déférence des interviews promotionnelles. Nous ne sommes pas là pour cirer des pompes ou servir la soupe ; nous sommes-là pour construire un échange dynamique avec eux, qui nous fasse tous réfléchir – eux, nous, vous. Il s’agit de s’aventurer un peu hors des sentiers battus de la parlotte cultureuse, que les médias de masse produisent en série ; il s’agit, oui, d’inventer quelque chose qui soit : hors série.
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