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Une Australienne décode les pleurs des bébés

mercredi 15 mars 2017, par Jeanne HILLION

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Une Australienne a identifié les sons réflexes que produisent les nouveau-nés selon leurs besoins. Elle en a dressé un lexique universel

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C’est une situation à laquelle tout jeune parent a été confronté au moins une fois dans sa vie : se retrouver totalement démuni face à un nouveau-né dont les pleurs ne cessent de monter en intensité, alors que l’on a tout essayé pour le calmer. Ou quand on se dit, désemparé au bout de l’ixième nuit blanche, que l’on aurait vendu père et mère pour que bébé soit livré avec un mode d’emploi.

Désespérée, l’australienne Priscilla Dunstan l’a aussi été. Dès la naissance de son fils Tom, cette chanteuse lyrique possédant l’oreille absolue, était persuadée que ses pleurs signifiaient quelque chose. « Sauf que ce sens m’échappait complètement ! Et il pleurait beaucoup, explique-t-elle en préface de son ouvrage Il pleure que dit-il ? Décoder enfin le langage caché des bébés, tout juste traduit en français (JC Lattès). Quand il se calmait, je ne savais pas ce qui avait fait cesser ses hurlements ; ni pourquoi il dormait par petits bouts de cinq ou de dix minutes puis se réveillait en criant. Quoi que je fasse, rien ne semblait l’aider vraiment. Je me sentais au plus bas : moi, sa mère, je n’arrivais pas à satisfaire ses besoins et à interrompre ses pleurs. »

Les premiers pas vers le bout du tunnel ont lieu une nuit de 1998 vers 3h de matin. Alors que son fils hurle dans ses bras, Priscilla Dunstan décide d’utiliser sa faculté à identifier les sons, pour tenter de comprendre ce que cherche à exprimer son nouveau-né à travers ses pleurs. « Je ne me sentais pas à la hauteur avec un bébé, mais je me savais douée avec les sons, en particulier avec les structures sonores. »

L’Australienne tient alors un journal où elle note systématiquement les noms phonétiques des sons produits par son fils, de même que la façon dont elle procède si elle parvient à le calmer. « Progressivement, une cohérence a émergé : certains sons s’associaient systématiquement à la même solution. Petit à petit, notre vie est devenue plus paisible. »
Dix sons, dix besoins

Un jour, en se rendant au supermarché, Priscilla Dunstan découvre que d’autres bébés émettent les mêmes structures phonétiques. C’est une révélation. S’enchaînent treize années de recherches, menées avec l’Université de Nouvelle-Galles-du-Sud, en Australie, sur plus d’un millier de bébés de sept pays et trente ethnies différentes. Ces études aboutissent à la conclusion que quelle que soit leur origine, les nouveau-nés s’expriment dans une langue universelle reposant sur des réflexes physiologiques innés. Par exemple, quand un bébé a faim, il cherche à téter. C’est ce que l’on appelle le réflexe de succion. Si le nourrisson ajoute de la voix cela génère automatiquement un son conditionné par le mouvement que fait la langue contre le palais. Pour l’Australienne, un bébé ne communique pas de manière consciente, mais l’association entre un réflexe – que cela soit la succion, le bâillement ou le besoin d’éructer –, et la vocalisation donnera un son bien particulier selon ses besoins.

Priscilla Dunstan est ainsi parvenue à lister dix phonèmes dont trois seraient présents dès la naissance : « Nèh » pour « j’ai faim », « Èh » pour « j’ai besoin de faire un rot », et « Aoh » pour « j’ai sommeil ».

Puis, dès la sixième semaine, interviennent des sons comme « Èèrh » signifiant que le bébé a des gaz dans le bas-ventre, ou « Hèh » lorsqu’il est inconfortable.

Enfin, à partir de la douzième semaine d’autres structures phonétiques font leur apparition, telles que « Guèn » lorsque l’enfant fait ses dents, « Nah » pour « j’ai soif » ou « Ouin » pour « je n’en peux plus »… Ces vocalisations, présentes jusqu’à environ trois mois, sont ce que l’Australienne nomme des pré-cris. Si on les comprend rapidement, il est aisé de satisfaire les besoins du nourrisson. Dans le cas contraire, le bébé se met à hurler de plus en plus fort et il devient très difficile de le calmer.
Désir de faire juste

S’il existe d’autres méthodes pour communiquer avec son bébé, comme le langage des signes, peu d’études se sont penchées sur la question de la signification des cris des nourrissons. Et ce, malgré une forte demande dans ce sens. « On a toujours cherché à décoder cette façon bien particulière qu’ont les nouveau-nés de communiquer, confirme Maria Teresa Adjaho, sage-femme cadre au CHUV, à Lausanne. Cela fait 34 ans que j’exerce ce métier dans cette maternité et nous n’avons pas arrêté de nous poser la question de savoir ce que ces cris voulaient exprimer, afin d’aider les parents à répondre plus rapidement aux besoins de leur bébé. Réussir à tisser un lien entre la théorie et la pratique est d’autant plus important aujourd’hui, que les jeunes parents sont très focalisés sur le fait de faire juste. L’instinct est toujours présent, mais on désire de plus en plus le confronter aux données scientifiques, surtout dans nos sociétés occidentales. »

Outre le fait d’offrir une perspective théorique, cette typologie est-elle vraiment utile ? « Il est difficile de juger de la pertinence des sons identifiés, car nous n’intervenons bien souvent que lorsque les pleurs sont beaucoup plus importants, explique Valérie Avignon, sage-femme chargée de projet au CHUV. Il nous manque donc toute cette phase de pré-cris. Je pense néanmoins que cela peut représenter une aide importante pour les mamans, surtout pour un premier enfant, car en leur donnant ce genre de petites astuces permettant de renforcer leurs compétences, elles vont certainement arriver plus facilement à calmer leur nourrisson et se sentiront donc davantage maîtres de la situation. »
Comme une langue étrangère

Priscilla Dunstan l’affirme, près d’un million de bébés auraient déjà bénéficié de sa méthode, enseignée dans plus de trente pays par des infirmières, des pédiatres et autres professionnels de la santé. Les témoignages de parents affluent, racontant comment cette capacité à décoder les pleurs de leur bébé a réduit leur stress et développé leur confiance.

Dans son livre, l’auteur donne des clés pour comprendre ces différents sons sur un plan physiologique, de même que des pistes pour calmer le bébé. Encore faut-il ensuite réussir à distinguer la différence subtile existant, pour les oreilles de parents néophytes, entre certains phonèmes très proches comme « Èh » et « Hèh »… C’est sans doute pour contrer cet écueil que le « Dunstan Baby Language » s’est rapidement mué, chez les Anglo-Saxons, en une somme de produits dérivés payants, tel que cours en ligne, dvd et autres applications pour smartphones.

Que l’on se rassure néanmoins. Que l’on adopte ou non la méthode Priscilla Dunstan, les professionnels de la petite enfance sont unanimes : oui, on finit de toute façon par y arriver. « Je dis toujours aux parents qu’ils parviendront, au fur et à mesure, à percevoir des sons différents en fonction de ce que l’enfant cherche à exprimer, assure Valérie Avignon. Mais cela demande du temps et un apprentissage, un peu comme lorsque l’on apprend une langue étrangère. »

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