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À niveau équivalent de compétences, les femmes obèses ont moins souvent un emploi

mardi 9 août 2016, par Jeanne HILLION

Selon l’enquête Santé et Itinéraire professionnel (SIP) de 2010, le taux d’emploi des femmes obèses est inférieur de dix points à celui des femmes non obèses (71 % contre 81 %), alors que celui des hommes est inférieur de deux points (84 % contre 86 %).

Obésité et marché du travail : les impacts de la corpulence sur l’emploi et le salaire}

Élise Coudin et Arthur Souletie
Résumé

À niveau équivalent de compétences, les femmes obèses ont moins souvent un emploi que celles qui ne le sont pas (7 points de probabilité en moins d’avoir un emploi).

Au contraire, chez les hommes, un indice de masse corporelle plus élevé est associé à une probabilité légèrement plus élevée d’avoir un emploi. Les salaires des hommes et des femmes obèses ne sont pas différents de ceux des personnes non obèses, et ce tout au long de l’échelle des salaires, mais un indice de masse corporelle plus élevé est associé à une très légère baisse du salaire chez les femmes (- 0,3 %).

Cette moindre performance des femmes obèses sur le marché du travail peut à la fois refléter une productivité plus faible, une discrimination supposée ou subie, des préférences qui diffèrent de celles des femmes non obèses et qui influencent l’emploi, le salaire et la corpulence de manière jointe, et enfin la simultanéité du lien entre corpulence et emploi ou salaire.

Nous mobilisons ici les données des deux vagues de l’enquête Santé et itinéraire professionnel (2006 et 2010). En exploitant le fait que la pratique régulière dans le passé d’une activité physique diminue la corpulence sans influer directement sur l’emploi ou le salaire, nous identifions un effet causal de la corpulence sur l’emploi plus fortement négatif pour les femmes, et nul pour les hommes.

Les impacts causals de l’obésité et de la corpulence sur le salaire horaire sont eux aussi négatifs mais leurs ampleurs ne sont pas toujours quantifiables en raison du manque de puissance de l’instrument. Ces résultats sont confirmés lorsque nous utilisons l’écart relatif de corpulence par rapport à la corpulence moyenne d’un groupe de référence plutôt que l’indice de masse corporelle.

telecharger l’enquête de 24 pages ici

Encadré 2
APPRÉHENDER LA CORPULENCE DANS UN SENS MÉDICAL OU EN ÉCART
RELATIF À UNE NORME SOCIALE DE CORPULENCE ?
Au-delà de l’approche médicale, l’idée de norme sociale est aussi importante lorsque l’on étudie la corpulence. Felton et Graham (2005) montrent ainsi que la perte de satisfaction liée à l’obésité est plus forte pour les individus des catégories sociales supérieures, où les normes de corpulence sont plus fortes. Pour Saint Pol (2010), les différentes normes relèvent de différences dans la perception du corps, qui s’inscrivent dans des problématiques plus larges (santé, alimentation, sport).
La norme revêt un caractère multidimensionnel. Elle peut être « prescriptive », lorsqu’elle renvoie à la corpulence idéale, ou « comportementale », lorsqu’elle se réfère à la corpulence moyenne observée dans un groupe.

Sur le marché du travail, c’est plutôt la norme de corpulence dans son acception comportementale qui s’impose. S’ils reçoivent plusieurs candidats pour un emploi, les employeurs peuvent par exemple comparer leurs corpulences. De même, il est probable que s’il y a des comportements discriminatoires, ceux-ci s’appuient plutôt sur une norme comportementale » (voir Fahr, 2006). Nous analysons donc ici les écarts de probabilité d’emploi et de salaire selon la corpulence d’un individu relative à celle de son groupe de référence. Le groupe de référence d’un individu est constitué des individus de même sexe, ayant le même niveau de diplôme et le même âge (à plus ou moins un an) [1]

À partir de là, nous construisons deux variables de corpulence relatives. La première indique si l’individu se situe parmi les 10 % des individus de son groupe de référence qui ont la plus forte corpulence (le plus d’IMC). La deuxième variable est continue, elle s’obtient comme la différence entre l’IMC de l’individu et l’IMC moyen de son groupe de référence, rapportée à l’écart-type de l’IMC dans le groupe de référence. En effet, si dans un groupe les corpulences sont dispersées, il est probable que la norme comportementale y soit plus flexible.

Être obèse ou parmi les 10 % les plus corpulents de son groupe ne recouvre pas les mêmes individus. 25 % des femmes obèses ne sont pas parmi les 10 %
les plus corpulentes de leur groupe de référence ; c’est le cas pour 33 % des hommes. Pourtant, que l’on utilise l’un ou l’autre des indicateurs dichotomiques de corpulence, les effets causals de la corpulence sur la probabilité d’emploi et sur le salaire estimés chez les femmes sont du même signe et du même ordre (voir les tableaux de l’annexe). Les ampleurs des effets de l’écart à la norme et de l’indice de masse corporelle ne sont pas comparables car les normalisations de ces deux variables diffèrent, mais leurs signes et niveaux de significativité aussi correspondent.

Les résultats présentés dans le corps du texte sont stables si l’on considère un autre concept de corpulence. Le seul qui diffère est l’effet sur l’emploi des hommes d’être dans les 10 % les plus corpulents obtenu en instrumentant (biprobit). Il est significativement négatif, entre - 7 et - 39 points de probabilité d’emploi, mais cet estimateur peut être biaisé du fait d’un instrument ici faible.
Fahr (2006) cherche à séparer les effets de la corpulence selon ceux qui relèvent d’une productivité plus faible ou d’une anticipation de la part des employeurs d’une productivité plus faible liée à l’obésité dans son approche médicale (discrimination statistique) et ceux qui relèvent uniquement de la comparaison à la norme sociale (dont discrimination classique, et stéréotypes). Il avance que lorsque la mesure d’obésité au sens médical et la mesure de l’écart relatif à la norme (les 10 % plus corpulents du groupe) sont incluses simultanément dans le modèle, alors le coefficient de la première variable capte le premier effet, et celui de la seconde le deuxième. Nous appliquons cette approche et estimons des modèles probit pour l’emploi et des moindres carrés linéaires pour le salaire. Pour l’emploi, l’effet significativement négatif qui ressort est celui de la corpulence relative, l’obésité au sens médical n’a pas d’effet chez les femmes ; et aucun n’est significatif chez les hommes. Pour le salaire, chez les femmes aucun des coefficients n’est significatif, et seul l’effet de la mesure médicale d’obésité est significativement négatif chez les hommes. Cela suggèrerait que les normes sociales restreignent l’emploi des femmes (peut être au travers de mécanismes de discrimination classique ou de stéréotypes), mais pas le salaire une fois qu’elles sont employées, et que chez les hommes, s’il y a une baisse salariale chez les salariés trop corpulents, ce soit plutôt lié à une baisse ou une anticipation de baisse de leur productivité.


[1Les groupes sont constitués à partir des observations de 2006 et de 2010 mélangées. Du fait des faibles effectifs, les individus entre 20 et 23 ans sont séparés selon l’âge, le sexe et le fait d’avoir ou non le bac, alors que pour les âges supérieurs, le niveau de diplôme est plus fin : pas de diplôme, CAP/BEP, Bac, Bac+2, plus que Bac+2.

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